Étienne Bodet - Clos Durandière
Le domaine en quelques mots

Saumur, 2017. Formé chez Pierre Gerbais en Champagne puis chez Sylvain Pataille en Bourgogne, Étienne Bodet rentre au pays pour faire de grands effervescents de Loire : ce sera la maison Bodet-Hérold. Trois ans plus tard, alors qu’il travaille encore au Clos Rougeard, il crée son propre domaine: un peu plus de 4 hectares, dont l’essentiel loin du tuffeau qui fait la réputation de l’appellation, sur des marnes et un îlot de calcaire, mais dur celui-ci et du Jurassique. Viticulture de jardin, pas ou très peu d’intrants mais rien de laissé au hasard (l’œnologue n’est jamais loin), et des élevages très longs, jusqu’à 4 ans. Beaucoup de sommeliers voient déjà en lui le nouveau Clos Rougeard ; je crois surtout qu’il est en train d’imprimer son propre style… et qu’il pourrait bien bouleverser le visage de son appellation.
Tous les vins d’Étienne Bodet
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Bodet-Herold – Ternay 2023
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Bodet-Herold – Les Greffiers 2022
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Bodet Étienne – Graippeaux 2024 (Magnum)
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Bodet Étienne – Graippeaux 2024
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Bodet Étienne – Clos Durandière 2022 (Magnum)
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Bodet Étienne – Clos Durandière 2022
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Bodet Étienne – Clos des Vaudelles 2023 (Magnum)
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Bodet Étienne – Clos des Vaudelles 2023
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Bodet Étienne – Clarum 2025 (Magnum)
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Bodet Étienne – Clarum 2025
70 millions d’années d’avance
La famille Bodet est installée et cultive la vigne à Montreuil-Bellay depuis la fin du XIX siècle. Etienne en est la cinquième génération. Toute son enfance se fera au rythme de celui des vignes paternelles. En 2017, cet oenologue de formation décide de s’affranchir du domaine familial pour monter le sien. Il commence avec du négoce. Il monte la maison Bodet-Herold et se spécialise dans les vins effervescents. L’historique familial (qui ne produit presqu’exclusivement que de la bulle), ses expériences professionnelles en Champagne (notamment au domaine Pierre Gerbais) mais aussi sa conviction que le terroir de son enfance est, par endroit, tout particulièrement adapté à la création de grandes bulles sont les moteurs de sa création. En 2020, il s’installe définitivement dans le village de son enfance pour créer son propre domaine et vinifier sa première cuvée avec ses propres raisins. Le domaine Etienne Bodet et le Clos Durandière prennent vie.

Ce Clos Durandière, c’est un vrai Clos d’1,30 hectare, ceint de murs donc, situé à quelques mètres seulement de la maison familiale. Neuf rangs de cabernet franc qui ont une valeur symbolique très forte pour Etienne, qui a grandi en même temps que cette vigne plantée en 1983 et que son père lui a ensuite offerte pour son mariage. Mais l’attachement d’Étienne à ce clos n’est pas que d’ordre sentimental, c’est surtout un terroir de très grande classe.
La commune de Montreuil-Bellay est atypique dans l’appellation Saumur, géologiquement parlant en tout cas. Une petite partie de cet ancien village fortifié repose sur un socle calcaire datant du Jurassique, un calcaire qui s’est donc formé environ 70 millions d’années plus tôt que le calcaire du Crétacé que l’on retrouve partout ailleurs dans le reste de l’appellation (calcaire plus connu sous le nom de tuffeau, allant du blanc au jaune/orangé). Ce calcaire du jurassique est beaucoup plus dur que le tuffeau, d’ailleurs il suffit d’observer le chateau de Montreuil ou le reste des fortifications pour se rendre compte que la morphologie du calcaire que l’on a extrait du sous sol pour la construction est vraiment particulière ici. Evidement, vous l’avez compris, ce Clos Durandière repose sur ce socle calcaire particulier, avec une profondeur de sol superficiel particulièrement faible d’ailleurs, de l’ordre de 50cm, ce qui veut dire que la roche mère est vraiment très proche. Bon, c’est un peu technique (voire barbant si vous n’aimez pas la géologie…) mais ce qu’il faut retenir c’est que le Clos Durandière est un terroir viticole rare, avec une géologie atypique qui fait sa spécificité autant que sa qualité.
Étienne a commencé avec ce seul Clos sur son domaine pour son premier millésime, en 2020. 3 ans plus tard, il est allé « piocher » dans les parcelles de son père (qui possède une trentaine d’hectares) un nouveau terrain de jeu, le Clos des Vaudelles. Il n’est pas allé bien loin puisque celui se situe tout simplement de l’autre côté de la route. Seulement 100m à vol d’oiseau, quelques dizaines de mètres d’altitude en plus et pourtant, une géologie complètement différente de celle du Clos Durandière. La teneur en argile est ici beaucoup plus importante si bien que l’on est plus géologiquement sur des sols calcaires mais sur des marnes, un typologie de sol très atypique pour l’appellation. De plus, l’époque géologique n’est pas la même puisqu’il s’agit non pas de marnes du bathonien mais de l’oxfordien, un étage géoloqique plus récent d’environ 10 millions d’années. Bref, je ne veux pas non plus vous faire un cours de géologie ici mais ce qu’il faut retenir c’est que les morphologies de sol des deux parcellaires d’Étienne sont à la fois très différentes entre elles, mais aussi (surtout), très différentes de ce qu’on peut trouver ailleurs dans l’appellation. Ce Clos des Vaudelles a été planté en deux fois par Antoine, le père d’Étienne, avec une première partie datant de 1972 et une partie au début des années 2000. Étienne produit ici deux cuvées distinctes, son Clarum (un rosé foncé), plutot avec les « jeunes vignes » et puis sa cuvée de rouge Le Clos des Vaudelles.
Il suffit de faire quelques pas dans les vignes pour se rendre compte de tout le soin, pratiquement maniaque, qu’Étienne offre à son Clos. Une vrai viticulture de jardin, sur mesure, même s’il n’y a pas de certification pour l’instant (en cours). Il y a un énorme travail en vert, avec pas moins de 3 passages d’ébourgeonnage/rognage des entre-coeurs/ éclaircissage. L’objectif est d’avoir des grappes bien aérées, ce qui permet une bonne maturation et d’éviter les maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium) qui sont favorisées par les entassements de végétation.
Les sols sont travaillés (labourés) mais avec parcimonie. En général il ne se passe rien en hiver où tout est laissé au repos et où l’herbe (re)prend sa place. Il vient ouvrir les sols une première fois au Printemps, avec un buttage en début de saison pour être bien propre sous le rang où pour l’instant il ne laisse pas d’herbe mais une réflexion est menée sur ce point.
Aujourd’hui l’axe principal de son travail a la vigne, son objectif numéro un, c’est d’avoir suffisamment d’azote dans les sols, azote que l’on va ensuite retrouver dans les mouts ce qui vont leur permettre de bien fermenter (les levures se nourrissent d’azote pendant la fermentation). Étienne travaille en levures indigènes, dans une cave froide, sans soufre en vinification alors l’azote dans les moûts, c’est totalement primordial si l’on veut des fermentations qui se déroulent sans encombre. Et comme il ne veut pas utiliser d’azote assimilable en vinification (qui est un intrant), il faut que l’azote soit à la vigne. En cela, avoir un enherbement n’est pas bénéfique, l’herbe concurrence la vigne pour l’azote (et pour l’eau!). Mais en contre partie, si on laboure trop (pour détruire le couvert végétal), il n’y a certes plus de concurrence (ce qui est à-priori bénéfique donc) mais par contre le sol minéralise beaucoup plus vite et perd en matière organique (et donc en vie). Un équilibre extrêmement complexe qui est au coeur des préoccupations des (bons) vignerons.

Pointu. Cartésien. Cadré mais pas scolaire. Très doué aussi (en étant objectif). Voilà quelques adjectifs qui me viennent à l’esprit pour qualifier le travail d’Étienne en cave. Je vous le disais, il est oenologue de formation et on peut dire qu’il est même plutôt (très) bon dans son domaine. Il a bossé dans de grandes maisons : Gerbais donc en champagne, Guiberteau à Saumur, Pataille à Marsannay. Durant 3 ans, il a même été au coeur du chai de vinification du Clos Rougeard. Pas le genre de tâche que l’on confie au premier venu ni le genre de domaine où l’on a le droit à l’erreur ou l’improvisation…Étienne est un excellent technicien qui s’appuie sur une base scientifique solide. Pour autant, il ne cherche pas à faire des vins techniques, encore moins aseptisés. Il est capable de prendre des risques, il en prend d’ailleurs (levures indigènes, pas de sulfite, vinif sans contrôle de température en cave froide) mais par contre il les prend au bon moment, au bon endroit et surtout il sait (et peut expliquer) pourquoi il les prend. Et agit s’il le faut. Son but est de se placer sur une ligne de crête, sur le fil, mais toujours du bon côté. Un peu le meilleur de deux mondes finalement
Quelques règles sont immuables. Il utilise toujours une partie de vendanges entières, entre 20 et 30% suivant les millésimes. Elle est non foulée et placée sur le dessus de la cuve, pour rester intègre et ainsi faire une« semi-carbonique », en petite proportion, qui va apporter de l’éclat de fruit et du juteux. Autre règle immuable, strictement aucune extraction. Rien. Ni remontage, même léger, ni pigeage. Il a pigé une fois, sur le millésime 2020. Un seul pigeage (ce n’est rien) sur toute la vinif mais l’a immédiatement regretté. Il ne recommencera plus jamais. En contrepartie, les macérations sont plutôt longues, entre 27 et 28 jours. Dernière conviction, non négociable : un long élevage en cave troglodyte, sous bois, pour minimum 2 ans (sauf pour la cuvée Clarum, qui n’est élevée qu’une seule année). Le Clos Durandière est lui même élevé pendant 3 ans en barriques suivi d’un élevage bouteille d’une année. La proportion de bois neuf est modérée, entre 15 et 25% sur les rouges (un poil plus sur le blanc)
Les vins ne sont jamais soutirés, seulement à la fin des 24 mois d’élevage où ils partent alors pour quelques mois en cuve pour s’homogénéiser. Étienne utilise alors le seul intrant de tout le processus : un pincée de soufre, généralement 10mg/L. Pour rappel, la dose maximale autorisée en Europe est de 150mg/L pour un vin rouge (100mg/L pour un vin bio).
Un dernier mot pour conclure sur la cave d’élevage d’Étienne, un des plus belles que j’ai vu. Plafond cathédral et totalement enterrée, mais élément indispensable pour lui, avec tout de même une ouverture assez large sur l’extérieur. Il pourrait avoir une cave totalement « hermétique » s’il voulait, à température constante de 14° toute l’année. Mais justement, il ne veut PAS ça. Pour lui, il faut des variations de températures. Évidement, nous ne parlons ici que de quelques degrés (cet été en pleine canicule elle était à 18°) mais le point important est qu’il faut que les « vins voient les 4 saisons ». Et pour ça, elle est juste parfaite !

Tous les vins d’Étienne Bodet
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Bodet-Herold – Ternay 2023
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Bodet-Herold – Les Greffiers 2022
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Bodet Étienne – Graippeaux 2024 (Magnum)
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Bodet Étienne – Clos des Vaudelles 2023 (Magnum)
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Bodet Étienne – Clos des Vaudelles 2023
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Bodet Étienne – Clarum 2025 (Magnum)
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