Alberto Orte

Alberto Orte
Espagne

Alberto Orte a d’abord étudié le droit. Mais le virus du vin l’a attrapé et il décide, finalement, à vingt-quatre ans, d’abandonner sa carrière d’avocat pour son destin. Il cofonde alors une société d’import de vins ibériques avec son ami Patrick Mata, puis retourne à l’université pour passer un master de viticulture à la Universidad Politécnica de Madrid. Aujourd’hui, lorsque Alberto n’arpente pas la péninsule ibérique, il vit à en Andalousie, avec sa femme et six enfants. Le chemin n’est pas tout à fait rectiligne mais il est, rétrospectivement, d’une logique implacable.
Logique car Alberto est né dans une famille de vignerons de Montilla-Moriles, il a grandi entre les rangs de vigne et les cuves et il a fait les vendanges avec ses cousins lorsqu’il était adolescent. Mais Alberto Orte n’est pas « que » vigneron. Il est aussi historien. Un historien du vin, presque un archéologue même. Ce qui l’intéresse plus que tout dans les vignobles qu’il parcourt à travers toute l’Espagne, ce n’est pas tant ce qu’ils produisent aujourd’hui mais plutôt c’est ce qu’ils produisaient avant. Il essaie de comprendre comment chaque région travaillait ses vignes dans le passé.
À Jerez, par exemple, Alberto Orte a identifié plus de 200 clones anciens de Palomino et, accessoirement, 22 variétés complètement oubliées. Des cépages que plus personne ne cultivait et qui avaient tout simplement disparu du paysage viticole andalou. Il en a planté sept rouges et quinze blancs dans ses trois parcelles du Pago Añina, dont certains n’avaient pas été vus à Jerez depuis un siècle. Comme ce Vijiriega par exemple, un cépage dont vous n’avez probablement jamais entendu parler et qui donne naissance à la cuvée Atlantida Blanco
Mais Alberto Orte ne se cantonne pas à Jerez. Il travaille aussi en appellation Valdeorras, aux portes de la Galice, sur des terrasses escarpées le long de la rivière Sil notamment, avec des parcelles si abruptes et si isolées que les tracteurs n’y accèdent pas, dans un paysage où la grande majorité des vignes alentours ont tout simplement été abandonnées. C’est là qu’il produit ses cuvées Escalada Do Sil et A Portela, à partir de Merenzao (que les Jurassiens reconnaîtront immédiatement sous son nom de Trousseau), de Mencía et d’Alicante Bouschet. Pratiquement tout le monde l’a oublié mais avant que le Godello blanc ne prenne toute la place et tous les projecteurs dans l’appellation, Valdeorras était autrefois, il y a plus de 100 ans, réputée pour ses rouges. Alberto Orte, est heureux de remonter le temps et de remettre les rouges de la région sur la carte (et dans les caves des passionnés)
Il est aussi en Sierra de la Demanda, une sous-zone parmi les moins connues (mais historique) de la Rioja, sur des sols de silice et de calcaire extrêmement rares dans cette région, avec du Grenache Noir et du Macabeu (Viura) où il redonne vie à de vieilles vignes que l’on vendange parfois jusqu’en Novembre. Ce sont les cuvées Antigua Clasico, en blanc et en rouge
Tout ce travail de reconstruction patiente d’un patrimoine viticole historique, Alberto le conduit évidemment en agriculture biologique, avec principes biodynamiques sur plusieurs parcelles. Il utilise notamment des couverts végétaux de trèfle, plante des haies pour la biodiversité et utilise l’énergie géothermique dans sa cave d’El Aljibe. À la cave justement, on retrouve la même exigence mais sans dogmatisme. Levures indigènes uniquement et des contenants variés selon les besoins de chaque cépage et de chaque terroir (béton, foudre, inox et évidemment des barriques) pour des élevages qui vont de dix-huit mois à parfois huit ou neuf ans pour certaines cuvées. Toujours cette notion de temps long, de s’ancrer dans le temps, qui revient, finalement.
