Géraldine Laval

Clos Maïa

Terrasse du Larzac

Géraldine Laval

Clos Maïa

Terrasses du Larzac

2008 fut peut être l’année la plus importante dans la vie de Géraldine Laval. Une année charnière dans sa vie professionnelle en tout cas. Mais attendez, je commence l’histoire par la fin ou presque, alors revenons d’abord un peu en arrière, au début de sa carrière professionnelle.

Nous sommes en 2003 et Géraldine est alors en bourgogne, à Beaune pour un BTS viti-oeno. Un long stage chez Olivier Leflaive, où elle “gagne” le droit de vinifier quelques cuvées de blanc lui donne définitivement l’amour du grand vin.

De 2005 à 2007, Géraldine complète sa formation par un Diplôme National d’Oenologue à Bordeaux. Elle enrichit alors ses expériences par un passage au château Cantenac Brown (qu’elle oubliera assez vite) mais surtout par un passage chez Jean Louis Chave (qu’elle n’oubliera pas là par contre…)

2008. Nous y sommes. Géraldine a fini sa formation et passe quelques semaines chez des amis, Julien Zernott et Delphine Rousseau du Domaine Le Pas de l’Escalette. Elle tombe alors amoureuse de ces paysages préservés des contreforts du Larzac et découvre le potentiel énorme de ces terroirs d’altitude calcaires, capables d’imprimer cette fraicheur tant recherchée dans les vins du Sud.

Rapidement, Olivier Jullien, du Mas Jullien, la prend “sous son aile”. Pendant près d’une année, elle travaille à ses côtés et s’imprègne de sa philosophie de travail, à la vigne comme à la cave. Une expérience marquante, structurante même de son mode de pensée et de son travail actuel. Un vigneron définitivement à part pour elle et qui reste, encore aujourd’hui, un modèle.

C’est en cette fin d’année 2008 que Géraldine trouve des vignes à vendre, 3 hectares de vieux grenaches sur Lauroux. C’est exactement ce qu’elle cherche ou en tout cas ce qu’elle imaginait pour son installation : des vignes isolées, d’altitude, et le plus au nord possible de l’appellation. Malgré tout, elle hésite… Elle trouve que c’est encore un peu tôt pour voler de ses propres ailes. Olivier Jullien l’a rassure, l’encourage, la pousse presque, si bien que finalement  Géraldine saute le pas. L’aventure du Clos Maïa débute.

Une grande partie des vignes du Clos Maïa est localisée sur la commune de Lauroux, un village de montagne situé au nord Ouest de l’appellation Terrasses du Larzac. Il s’agit des vignes historiques du domaine, les premières vignes que Géraldine a acheté. C’est un site vraiment exceptionnel, une parcelle de trois hectares sans aucun voisin ni route à l’horizon, au milieu des chênes truffiers, des genêts et des pins. Un espace préservé et protégé puisque les vignes sont situées au fond d’un des plus beaux cirques de l’Hérault, le cirque de Labeil.

Géraldine Laval là où le Clos Maïa est né

Du Grenache noir était planté lorsque Géraldine est arrivée, ces vignes sont donc d’âge respectable, une quarantaine d’années au minimum. Elles sont travaillées en gobelet, ce qui est traditionnel pour le grenache et les jus qui en sont issus composent quasi exclusivement (à 90%) la “grande” cuvée de Géraldine, le Clos Maïa Rouge (les 10% restant sont un assemblage de vieux cépages : Oeillade, Cinsault, Terret Bourret noir, Aramon).

Les vieux grenaches noirs du Clos Maïa
Le Cirque de Labeil sert de décor...

Géraldine a également planté dès son arrivée deux cépages blancs sur cet îlot, du grenache gris et du chenin. Une attention toute particulière a été portée à la sélection du matériel végétal et honnêtement, c’est une des clefs pour réussir un grand vin. Et puis quand on pense qu’en général, une vigne est plantée pour au minimum 50 ans, on comprend facilement qu’il est crucial de porter une importance toute particulière au choix de ses plants. En l’occurence, ils proviennent tous de sélections massales et ont été fournis par Lilian Bérillon. Vous n’avez probablement jamais entendu ce nom mais dans le petit monde des vignerons et du vin, il est unanimement reconnu comme étant le meilleur pépiniériste actuel, notamment parce qu’il possède un patrimoine impressionnant de sélections massales très qualitatives. Un métier dont on ne parle pas ou peu mais qui a une importance capitale et ce n’est pas un hasard si aujourd’hui quasiment tous les plus grands domaines de France font appel à ses services.

Au premier plan le grenache gris et au fond, avec le feuillage plus automnal, le chenin

Géraldine tient tout particulièrement à sa parcelle de chenin. Pour la création des plants, elle est allée elle-même chercher les bois chez un grand vigneron de Vouvray, qui a un joli patrimoine de vieilles vignes, afin de les amener chez le pépiniériste. Les plants ont eu un peu de mal à bien s’implanter au début mais les résultats commencent à venir et chaque année, Géraldine est de plus en plus satisfaite de sa vigne. Le chenin et le grenache gris composent la majorité de la seule cuvée de blanc du domaine, le Clos Maïa blanc. Un peu de roussanne (un gros quart du volume) et une petite pointe de Terret Bourret complètent l’assemblage.

Le chenin du clos Maïa

Ces 3 hectares sur Lauroux sont les seules vignes que Géraldine possède mais elle loue (en fermage) plusieurs autres vignes. Elle travaille ainsi une parcelle de roussanne et de terret bourret pour le blanc, comme on vient de le voir, ainsi que quelques parcelles de syrah et une parcelle de carignan pour la cuvée Petit Clos Maïa. Dans tous les cas, les parcelles sont situées à quelques encablures de “son” îlot et les terroirs sont similaires.

En parlant terroir, quelques mots supplémentaires sur celui-ci. Comme déjà expliqué, les vignes sont donc situées dans le cirque de Labeil, juste au pied du Causse du Larzac. Ce haut plateau culmine aux alentours de 800m d’altitude (les vignes sont elles autour de 350m) et toute l’année, le vent frais venant du plateau redescend sur ces vignes, sans qu’il n’ait le temps de se réchauffer. Cela assure un climat plus frais que dans la plaine d’Aniane ou de Jonquières (en plus du fait que les vignes soient situées plus en altitude).

Il y a également une homogénéité de sols sur l’ensemble des vignes du domaine puisqu’elles sont toutes plantées sur un substrat calcaire, ce qui est très intéressant là aussi pour apporter de la fraicheur dans les vins. D’autant plus intéressant qu’il s’agit de sols qui ne contiennent pas de calcaire actif, ce qui diminue grandement les risques de chlorose (les vignes sur calcaire sont particulièrement sensibles à cette décoloration des feuilles liée à un manque de chlorophylle, ce qui entraine une moins bonne photosynthèse et donc potentiellement des problèmes de croissance).

Les sols très calcaires du Clos Maïa

Géraldine Laval habite à La Vacquerie, un petit village situé sur les hauteurs de l’appellation Terrasses du Larzac et c’est donc là qu’elle a installé la cave du Clos Maïa. Le Chai est installé dans un vieux bâtiment en pierre qui est en fait l’ancienne laiterie du village.

L'entrée de la cave du Clos Maïa, basée dans l'ancienne laiterie de La Vacquerie

La philosophie de Géraldine une fois le raisin rentré à la cave, c’est de poursuivre l’objectif qu’elle s’est fixée dès le début (dès le choix de l’implantation des vignes en réalité) c’est à dire : amener de la fraicheur dans ses vins. Il faut bien reconnaitre que c’est une volonté récurrente chez les meilleurs vignerons du coin car vu le climat et l’ensoleillement, la recherche de la maturité n’est jamais un problème ici. Le raisin mûrira (surtout que Géraldine travaille beaucoup de grenache et de syrah, des cépages qui mûrissent facilement sous ces latitudes). Le problème c’est de savoir gérer cette maturité pour éviter de basculer sur des aromatiques confites, mates et/ou des déséquilibres en alcool. Géraldine travaille donc le plus possible en douceur.

Tous les raisins sont bien sûr vendangés à la main. La très grande majorité des rouges sont égrappés (il y a un peu de vendanges entières dans le “grand” Clos) et mis à fermenter en cuves (en) béton sous levures indigènes. Les extractions se limitent au strict minimum avec un ou deux remontages en début de fermentation et ensuite juste un arrosage très léger du chapeau de marc de temps en temps, juste ce qu’il faut pour le garder humide et éviter ainsi les déviances.

La Cuverie béton du Clos Maïa

La cuvée Petit Clos reste en cuve béton pour son élevage, qui dure un peu plus d’une année. Géraldine possède une grande cuve fibre qu’elle utilise pour la mise en masse des différentes cuves béton, ce qui permet une bonne homogénéité une fois le vin en bouteille. La cuvée Clos Maïa elle, une fois la fermentation alcoolique terminée, est placée en foudres Stockinger. Elle y fera sa malo et restera en élevage pour une durée comprise entre 15 et 18 mois.

Géraldine Laval aime beaucoup ses foudres autrichiens pour l'élevage de son Clos Maïa rouge

Les blancs sont eux aussi vendangés à la main, pressés et entonnés de suite, dans des demi-muids en provenance de chez Stockinger et de l’Atelier Centre France. Les deux fermentations (alcoolique et malo-lactique) ont donc lieu sous bois, en levures indigènes. L’élevage se prolonge durant une année puis l’ensemble des demi-muids (et donc des différents cépages qui composent l’assemblage) est assemblé dans une cuve inox. L’élevage du Clos Maïa blanc se prolonge alors pour une durée de 6 mois.

Stockinger et plus récemment Atelier Centre France, les deux fournisseurs de demi-muids pour le blanc du Clos Maïa